Rien n’est tel qu’il paraît au premier abord ! Dans un premier temps on associe les œuvres de Steffen Kern à des prises de vue en noir et blanc ou à une séquence d’un film. Le cadrage, le flou, des rayures, les imperfections du grain, l’aspect de photogramme, l’artiste recourt délibérément aux effets photographiques pour construire ses dessins. C’est là toute la puissance de son geste artistique : ces œuvres ne sont pas des tirages, mais élaborées au fusain, à l’encre ou au crayon et révèlent une maîtrise parfaite de la technique du dessin.
Une fenêtre, un intérieur déserté ou un extérieur au crépuscule, tous ces sujets sont à la fois familiers et dotés d’une esthétique singulière, qui leur confère un caractère scénique, glacé et presque artificiel. Dépourvu de personnage, l’homme est pourtant omniprésent dans ses compositions, comme en témoigne une télévision allumée ou une porte entrouverte. Ce travail de haute précision provoque un subtil glissement d’un sentiment de déjà-vu vers un univers d’une étrange familiarité. Nous sommes à la fois dans l’image et hors d’elle, comme le voyeur malgré lui de « Fenêtre sur cour », le film d’Alfred Hitchcock.
Les réalisations de Steffen Kern sortent de son imaginaire comme des visions. Il puise son inspiration sur les écrans de sa mémoire, où lectures, scènes de film et souvenirs personnels se mélangent. L’artiste ne reproduit pas une scène, il ne crée pas la copie d’un original et nous rappelle que tout décor, aussi ressemblant soit-il, est toujours et avant tout une scénographie et une réinvention. Ses créations se dévoilent finalement comme relevant d’une réalité illusoire. Steffen Kern en nous trompant nous révèle une vérité : la réalité n’est faite que de fragments de fiction.