Les œuvres de l’artiste Thomas Geyer relèvent de la figuration et s’inscrivent incontestablement dans le genre du paysage et de ses faux-semblants.
Le peintre, en effet ne crée pas tant une représentation du réel que l’ébauche de lieux imaginaires. De prime abord, on ne peut pas leur dénier un aspect presque idyllique qui rappellent les poèmes de Hölderlin. Un lac qui se laisse contempler, une forêt obscurément dense ou un chemin de campagne délaissé, ces sujets classiques sont à la fois facilement reconnaissables et semblent pourtant venir d’un autre monde.
L’apparente tranquillité et la magie d’une atmosphère mystérieuse sont palpables comme le silence qui précède le début d’un concert lorsque les musiciens attendent le signal de départ du chef d’orchestre. Cette harmonie est cependant troublée par des teintes exagérées, presque irradiantes qui dégagent tantôt une fraîcheur étrange, tantôt une chaleur écrasante. Le bleu, en particulier, occupe de manière prépondérante l’espace de la toile. Omniprésent et souvent trop saturé, il bouleverse le tableau et en rythme la composition. Ce qui surprend le spectateur ce n’est pas seulement l’intensité de cette palette chromatique mais aussi le cadrage, inhabituel. En déplaçant la ligne d’horizon soit très haut, soit très bas, l’artiste crée un déséquilibre volontaire, une instabilité, qui confère à ses toiles une dramaturgie singulière et une couleur d’énigme.
Alexandra Chiari